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Bienvenue sur LECLA l'affreux. :gangster: :chris: :gnih:


Un topic des RPs libres a été mis en place ici ! Allez j'ter un oeil. :hin:
Nous attendons avec impatience nos bébés prédéfinis, ils sont coolish vous verrez ! :ivil: :raff:



C'est la dèche chez les Muffled Necks essayez de renflouer un peu leurs rangs. :chica: :ivil:


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 sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas

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Les rois du royaume branlant

≈ ARRIVÉE : 05/04/2015
≈ IMPACTS : 689

≈ AVATAR : dane dehaan
≈ ÂGE : vingt-cinq ans, on le prend encore pour un gosse
≈ MÉTIER : peintre raté, contrebandier des silver snakes
≈ DES ARMES ? : un luger, plus pour son crâne que celui des autres
≈ GANG : les serpents venimeux, pas tous cependant



MessageSujet: sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas   Sam 23 Mai - 2:49

 


"Ainsi croisons-nous les fantômes qui nous hanteront notre vie durant : tranquillement assis au bord de la route comme de pauvres mendiants, nous ne les observons que du coin de l’œil, et encore, quand nous les apercevons ! L'idée qu'ils étaient là à nous attendre nous traverse rarement l'esprit. Ils nous attendent cependant et à peine sommes-nous passés qu'ils rassemblent leur baluchon de souvenance et nous emboîtent le pas, grignotant peu à peu leur retard."
Il ne sait pas pourquoi il est là. Encore. A bien y réfléchir, Christopher Doherty n'a jamais su répondre à ce questionnement rhétorique, ce point d'interrogation qui flottera toujours au dessus de sa tête, parce que personne ne sait pourquoi lui, et pourquoi ici, et pourquoi maintenant. Chris n'est pas de ceux que l'on veut croiser, du moins il ne l'est plus. Avant tout était différent. Avant il savait un peu plus qu'aujourd'hui. Ce qui revient à très peu de choses. Cependant, c'était tout cela de gagné. Maintenant tout est bien différent. Il n'y a plus de beaux garçons devant sa porte, de jolies musiques et du champagne pour les invités du bal.
Non, pourtant c'était ce qu'il aurait aimé voir, en ouvrant sa porte presque brusquement, comme si l'idée avait fait monter une rafale de vent, un courant d'air, un quelque chose qui était en mesure de faire bouger un peu sa vie morne et inintéressante. C'est ce qu'il se dit en sortant du pub, comme une belle tranche d'optimiste pour faire sourire le tout. Quand l'horloge a sonné vingt-et-une heures, ce soir, il y avait bien un joli garçon devant chez moi.
Ça le fait rire. Il se sent con, de penser à ça. Mais c'est vrai, de toute manière. On ne peut rien lui reprocher cette fois-là. Mis à part le fait que le voisin n'est plus un garçon mais un homme, et qu'il est plus chez lui que chez Chris. Ça ne fait rien. Ça ne fait plus rien du tout maintenant. Le whisky est le seul à agir sur sa personne exaltée. Et tandis que l'horloge sonne vingt-trois heures, le peintre se dit qu'il y a peut-être finalement un dieu sur cette maudite terre, ou du moins quelque chose pour pouvoir exaucer ses prières silencieuses, ses "je voudrais que quelqu'un vienne me chercher. Je veux qu'on vienne me chercher, qu'on me sorte d'ici" prononcés comme des suppliques, des non-dits, parce que ce n'est pas dans ses principes, tout ça. Ce sont des envies. Irréversibles. Des besoins qui sont devenus au fil du temps un peu plus vitaux encore que de manger ou dormir. Ce n'est pas animal. C'est autre chose. Comme être amoureux d'un mort.
Tenant fermement sa bouteille d'une main, il avance dans la rue principale de Small Heath, et ses yeux clignent d'eux-même, comme attaqués par la nuit. Il doit faire bigrement froid, c'est pour cela que tout le monde est à l'intérieur, mais Blondie est protégé. Avec lui son bouclier d'alcool, et cet autre, là, à côté de lui. Qu'est-ce qu'il fout là ? Non. Ce n'est pas ça. Qu'est-ce qu'ils foutent là ? Pour la première fois depuis des mois, Doherty fait comme tout le monde : il va se bourrer la gueule dans un endroit approprié avec un ami. Toutefois c'est différent. Tout est toujours différent dans son cas. Il adore ça. Mais ici, cela le chagrine un peu, parce que rien est normal, dans ce foutu trou à rats. Rien est normal à Small Heath, ni même à Birmingham. C'est un foutoir constant, et Samuel en fait partie, avec le sourire en prime - un sourire qui illumine cette soirée, où l'horloge a sonné toutes les heures, sans que Chris en ait peur. C'est douloureux à voir, le temps passer, c'est moche surtout. Comme une peau d'enfant qui se ride, se froisse. Une toile brisée. Chris aimerait rester éternellement jeune. Il sait qu'éternel n'existe pas, et que jeunesse a disparue depuis très longtemps. Il sait aussi que pour lui, ce n'est qu'une question de mois. Il peut partir d'un jour ou l'autre et garder son visage d'enfant toute sa mort, puisqu'on ne le veut pas ici-bas. Mais c'est compliqué à faire. Et puis la crosse est difficile à déclencher, et puis il est trop tard pour y réfléchir.
Et puis il n'y songe pas.
Là maintenant, sa seule préoccupation est de trouver quelque chose à répliquer à celui qui l'a attiré jusqu'ici, et qui le regarde maintenant se déplacer un peu gauchement mais avec plus d'entrain, comme si la renaissance avait eu lieu. Un peu. Oh, il l'a bien vu qu'il regardait ce qu'il avait en main, Chris. Alors il tourne la tête pour le fixer, et boit une gorgée de son breuvage, pour appuyer ses propos qui ne viennent pas. La machine se remet en marche, un peu rouillée certes, mais tout de même. Ce n'est pas sorcier, de la faire tourner. Si ? Chris galère. Chris galère depuis quelques années déjà. Avant, les mots venaient d'eux-même, galants, farceurs. Maintenant ils se font attendre, et ne sortent pas dans le bon ordre. Pendant un instant il a l'impression d'être un con de malade sorti d'un asile. « J'l'ai prise avant de partir. A la table des vieux qui m'ont traité de gosse toute la soirée. Ils pionçaient comme des bébés. » Ce sont là des vestiges de cette ancienne personne qui le regarde dans le miroir, et qui a ses gestes, sans avoir son allure. C'est ce Chris qui trouve des explications sans prendre la peine de se justifier. Maintenant, il ne revient que quand la carcasse est imbibée d'alcool. Ça lui ferait presque de la peine, au cadavre. Mais son rire fend l'air. Et ce n'est plus un cadavre. C'est quelqu'un. Ça l'était, et ça l'est toujours, différemment certes, mais c'est une notion qu'il vient d'acquérir.
Qu'il oubliera peut-être en dé-saoulant . Mais au moins a-t-il la clé, à présent.
« C'vin est dégueulasse. » Encore une gorgée. « Il est trop boooooooon ! » Nouveau pouffement de rire, qui l'empêche de boire. L'alcool coule, et c'est comme du sang séché sur ses lèvres, qu'il essuie comme il le peut. Ça ne brûle pas. Ça ne brûle plus. Le nœud dans sa gorge, envolé - dénoué, du moins. D'un geste il lui demande s'il veut la bouteille, et c'est avant que son ami ? ne lui réponde qu'il lui donne - il ne sait pas trop bien ce que c'est, juste quelqu'un et c'est tant mieux parce que lui aussi alors comme ça ils font la paire ! C'en est une, de belle coïncidence.

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≈ UN AUTRE : eoin murdock, l'emmerdeur de service.
≈ AVATAR : cillian murphy.
≈ ÂGE : 35 plaies infectées.
≈ MÉTIER : pilier de bar, alcoolique notoire et outre ces rangs foireux, il est ouvrier dans une usine de construction de bagnoles.
≈ DES ARMES ? : un mk4 reçu il sait même plus comment, ça peut toujours servir.
≈ GANG : il est pas pour, il est pas contre, disons qu'il profite plutôt de leur système - très bien même, surtout du côté des Muffled.



MessageSujet: Re: sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas   Sam 23 Mai - 18:09


Christopher et Samuel


Y'a des gens comme ça qui sourient pas. Faut croire que ça leur fait mal à la mâchoire d'aborder un petit rictus ou de se sentir pousser des ailes. Y'a des gens comme ça qui veulent pas sourire. Et Samuel il aime pas trop cette idée qu'on puisse ne pas être heureux au moins une fois, y'a toujours un truc, un fait dans la journée qui fait qu'on se sort de sa panade avec une forme grandiose. Alors il essaie, il essaie d'aborder un petit lancement de cette déformation du visage, sans aucun succès. Faut croire qu'ils sont beaucoup, surtout à Birmingham là où tout est bon pour voir du gris, un peu de fumée des usines aussi qui sentent le réchauffé ou le métal brûlé. Il connaît que ça de toute manière, il a que ça pour vivre, il se tue pour plaire à des gens qui l'aiment pas et pour un salaire de misère de surcroît. Quitte à crever, il veut se faire plaisir avant, quitte à y passer, il veut pouvoir partir l'âme sereine sans se dire qu'il a loupé le coche. C'est ce qu'il veut, ou c'est son inconscient qui le pousse vers l'oubli, pour pas percuter les bruits des armes qui s'entrechoquent, des corps qui s'écrasent comme des mouches autour des restes puants de leurs prédécesseurs. Il boit, boit parce qu'il sait bien faire ça, au moins. Si son frère cadet n'a pas été la déception de la famille, fallait bien qu'un parte complètement en vrille. Il le sent dans le regard d'autrui qu'il déçoit, et le plus dépitant c'est qu'il s'en cire comme de sa première chemise. Sauf quand ça touche le coeur, là, étrangement, la douleur est plus vive, plus difficile à ignorer. Chez les Hancock de toute manière, c'est de famille de montrer les quenottes pour des clopinettes. Ils veulent refiler ça au monde. Dans le cas de l'ouvrier, c'est surtout pour son voisin qu'il a envie de le secouer, de lui montrer à quel point l'existence peut être autant dégueulasse que sublime. Il lui a pas laissé le choix, il a débarqué, il a dit tu viens sans plus de cérémonies et l'a ramené dans le pub le plus proche de leurs appartements. Le Garrison, protégé du gang anglais le plus fameux de la ville, celui qu'a de très bonnes bibines aussi. Puis ils ont bu, sauf que Samuel pour une fois il a pas trop poussé le bouchon jusqu'à se le faire éclater. Parce qu'il voulait le voir avec une mine déconfite, le Christopher, ce faux suicidaire qui veut sentir son palpitant imploser dans son torse maigrelet et son ventre se retourner pour bien dégobiller sur son plancher déjà crade à souhait. Il voulait beaucoup de choses quand il était gosse. Là, il veut juste qu'il relâche la pression, qu'il laisse aller, qu'il arrête de se donner une fausse armure de bourreau pour effrayer la galerie. Qu'il devienne ce qu'il connaît pas, qu'il enlève son masque de théâtre pour laisser place à l'homme. L'homme détruit, laissé au front, l'homme foutu en lambeaux.

Et il regrette pas le voyage, loin de là. Il a vidé deux verres tout au plus, assez pour être dans une transe étrange et pas assez pour ne pas se souvenir de ce qu'il a fait la veille. Il marche droit, même plutôt bien pour quelqu'un qui vient de s'arracher la gorge avec du whisky de qualité - sa poche lui fait la gueule, elle lui hurle qu'il aura beau chercher, la prochaine fois il trouvera plus rien au fond. Il peut l'apercevoir, la tête blonde qui se dandine en essayant de trouver un moyen de se dépatouiller avec tout ce vent qui lui souffle à la gueule. Il s'en tape un peu, Samuel, il arrive à voir une autre expression sur sa trogne d'enfant mal embouché, et ça lui fait du bien, ça apaise les brûlures qui continuent de lui rappeler à quel point il n'a rien à foutre ici. Il aurait dû claquer avec ses confrères, il aurait dû faire le héros. C'est qu'un lâche qui essaie de s'enfuir, même de son ombre. Mains dans les poches, il renifle un peu en se rendant compte qu'il a pas ramené sa casquette cette fois-ci. Puis Doherty l'ouvre, il s'arrête plus. L'alcool délie les langues, c'est plus un mythe à ce stade, c'est une vérité universelle que les plus coincés feraient mieux d'assimiler. Il pince sa lèvre inférieure en écoutant son baratin, il est fier de son petit vol de vin, il le trouve dégueulasse, au final il est pas si mauvais. Il part dans des extrêmes, il a paumé ses repères le grand gosse et ça le fait ricaner dans son manteau épais. « T'm'en diras tant. » On lui fait pas le coup, à lui, c'est l'unique à pouvoir juger de la qualité d'un vice aussi destructeur - qui finira par lui déchirer le foi. Il attrape l'instrument du Diable, enfile le goulot entre ses lèvres, avale une gorgée et enfin, la recrache aussi rapidement qu'elle est rentrée. Mine de dégoût, il tousse pour se débarrasser de l'affreux goût laissé par cette bouteille répugnante. Passant sa main libre sur ses lèvres pour définitivement s'en défaire, il frémit d'écoeurement. « Un peu qu'il est bon ouais, il est bouchonné ! » Quand il sera plus frais, faudra qu'il l'attrape entre quatre murs pour lui apprendre la différence entre ce qui est bon et ce qui l'est pas. C'est pire qu'un poupon à ce stade, faut tout lui apprendre, lui qui passe ses journées perdues à rester dans son appartement, à peindre parfois, à essayer de se dézinguer le crâne, surtout. Soupirant, il se tâte entre la faire tomber ou la lui redonner, pour se bourrer le pif y'a quand même mieux que de le faire avec ça. En tout cas, il est bien lancé, pour peu il pourrait lui danser du charleston. Le quittant pas du regard, Samuel hausse un sourcil sur deux avant de souffler, tout en enroulant son bras autour de son épaule, l'objet profondément pourri et ragoutant pendant entre ses doigts calleux. « Allez, maintenant j'peux l'dire haut et fort ; j'avais bien raison d't'emmener, t'as l'air comme un poisson dans l'eau. N'empêche que t'as une sacré descente, j'pensais pas qu't'étais capable d'une telle résistance, j'salue la performance. Bravo l'artiste ! » Et ça fait tout chaud à l'intérieur, ça fait du bien de se dire qu'il a pu servir, qu'il est pas qu'un rampant qui gêne ses congénères. Il est ce qu'il est, il pourra pas faire mieux, il pourra pas faire plus. C'est qu'un homme qui se nourrit du bonheur des autres.

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et puis y'a Frida qu'est belle comme un soleil
« i know what most of you think of me, that i’m a thug, a smuggler, rebel. that i started all of this, asked for it, a drunk who never did anything with his life and has caused all this trouble for everybody. well, i’m here today to tell you… that you’re right. i am. i am all of those things, and more. »

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MessageSujet: Re: sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas   Dim 24 Mai - 19:46

 


"Ainsi croisons-nous les fantômes qui nous hanteront notre vie durant : tranquillement assis au bord de la route comme de pauvres mendiants, nous ne les observons que du coin de l’œil, et encore, quand nous les apercevons ! L'idée qu'ils étaient là à nous attendre nous traverse rarement l'esprit. Ils nous attendent cependant et à peine sommes-nous passés qu'ils rassemblent leur baluchon de souvenance et nous emboîtent le pas, grignotant peu à peu leur retard."
En vérité le vin est bien dégueulasse. Vraiment. Il a un arrière goût de pourriture. Mais ça ne fait rien. Ça ne fait rien parce que pendant que Chris s'esquinte la gorge, le nœud qui l'empêchait de parler se déchire, comme si la corde en avait assez de tenir. Bien entendu qu'il a déjà essayé de boire tout seul, et bien souvent on l'a retrouvé ivre mort, des cadavres de bouteilles sur son sillage. Cependant ça n'a jamais fonctionné, pas de cette manière. Alors qu'ici, avec un mauvais vin et de la compagnie, la descente aux enfers est agréable. Elle pourrait même avoir un goût de paradis tellement ça le change de l'ordinaire. De cette maudite routine qui s'est instaurée d'elle-même. Tout cela l'apaise. La soirée, la présence, les paroles, même banales. Tout cela l’excite aussi. L'enfant redécouvre durant l'espace d'un instant ce qu'il a été avant, l'étranger dans la glace, le jeune homme mort, mais ressuscité. Surexcité. Et s'il sait au fond de lui que ça ne durera pas longtemps, c'est pour mieux en profiter, pour tirer le plus de profit de cette entrevue qui lui fait ouvrir grands les yeux sur un fait : il peut toujours côtoyé les autres, et ces derniers sont bienveillants. Pas tous. Mais certains. Chris note cela dans un coin de sa tête, pour ne pas l'oublier. Il note aussi de l'oublier encore et encore, parce que c'est trop plaisant de retrouver la mémoire.
Tandis qu'il s'efforce de régler ses comptes avec lui-même, il se prend à observer celui qui l'a accompagné. Il a la bouteille en main. La balle est dans son camp. Quand il recrache le breuvage dans un piaillement outré, le peintre explose de rire, conscient que ce n'est pas très gentil de lui avoir offert un nectar si imbuvable. Tant pis, c'est trop tentant. Et puis après tout, n'est-ce pas le Chris d'avant qui rit à gorge déployée ? C'est comme s'il avait tous les droits. Invincible. Il a seize ans, et des envies plein la tête. Brusquement cependant, il se rappelle qu'ils n'ont plus que ça à boire, il lui arrache donc la bouteille des mains pour ne pas qu'il commette la bourde irréparable et ultime. « Non stop, faut pas lui faire de mal ! Et puis t'avais qu'à voler une aut' bouteille ! » C'est vrai ça, tiens. Merde à la fin. Faut toujours que quelqu'un l'a ramène. Que quelqu'un lui dise que son travail n'est pas bien. Peinture, vol, c'est du pareil au même - surtout pour lui, et les critiques acerbes, même après des années d'absence reviennent en masse à chaque faux pas. Un instant le gosse a envie d'en pleurer, de se poser là, adossé au mur de la petite échoppe qu'on peut apercevoir au clair de lune, sur la pierre crasseuse de cette rue toute aussi crasseuse, et y déverser toutes les larmes de son corps. L'instant d'après il se ressaisit et veut juste le frapper, ou le mettre au défi de retourner au pub pour voler un autre breuvage - ou peut-être deux. Ce serait comme avant : Une bouteille pour Chris, et une seconde pour les autres. Au final il ne fait rien de tout ça, et c'est le vent qu'il défit, cette entité qui se glisse sous ses vêtements pour faire frémir sa peau sans bonne intention aucune. Ses joues en deviennent encore plus rouges, la froideur des lieux faisant battre le sang sous sous épiderme. Il a encore plus l'air d'un enfant, de par le fait. Le genre de ces gamins des rues à qui on offre du vin chaud l'hiver, quand il n'est pas trop tard pour le faire. Comme il leur ressemble, Chris. Comme il a leur air de canaille, ce soir. Et c'est avec ce même air qu'il dévisage celui qui parle fort et qui sourit, lui aussi enclin à l'habitude - mais c'est une belle habitude, et le peintre se le dit bien. Ce sourire doit continué à exister. Sous peine de se détruire, et de détruire le pauvre désabusé que l'ouvrier a poussé lui-même sous son aile.

C'est beau, dit ainsi. C'est l'entraide, c'est la solidarité, la franche camaraderie. Il pourrait y croire, Christopher. Ici-même. Sur le champ. Putain, si on lui avait bien demandé, il aurait même pu croire en dieu. Et pourtant, ça sonne comme une fausse note à ses oreilles. Dans ses principes, la bonté n'existe plus. Elle a cessé de vivre le jour de son arrivée dans la guerre. Sa première semaine de combat. La vraie première semaine. Celle où on l'a foutu dans une tranchée avec des hommes qu'il ne connaissait pas et qui ne le connaissaient pas. Il y en avait qui donnait des ordres à d'autres, à Chris même. Il n'avait jamais reçu d'ordres de toute sa vie. Et puis ils n'étaient pas tendres. Ils n'étaient pas là pour ça. Très vite ils ont décidé de l'oublier, en sachant qu'il se ferait tuer le premier. Comme s'ils s'amusaient à faire des pronostics, chaque soir - c'est du moins ce que ressentait le peintre. Du dégoût. Des étrangers qui parlaient la même langue, mais pas avec les mêmes mots. Elle était belle, l'Angleterre - le Royaume-Uni, même ! Un mélange d'anglais, d'écossais, d'irlandais. Ça a été un plaisir de voir ça. D'y prendre part. De ressentir autant de répugnance des deux côtés du no man's land. La franche camaraderie oui. En effet.
Le vent gagne du terrain sur lui, rapidement. Il grappille sa force, son énergie vitale et le fait chavirer d'un côté comme de l'autre, par pur esprit de contradiction - c'est toujours comme ça que ça marche. Alors Chris s'arrête. Il en a assez de lutter. Mais il est trop curieux pour ne pas continuer. « Comment tu t'appelles déjà ? » Ses yeux se perdent dans le ciel noir de Birmingham. Il n'y a pas d'étoiles, pas de lune pleine. Tout est caché par les nuages et la fumée. Comme à Londres. Il attend qu'il le rejoigne, une seconde, deux secondes, puis impatient se retourne pour le voir, dos au vent qui lui mène la vie dure. Il ignore s'il a entendu sa question ou non, mais est trop fatigué pour la lui reposer, c'est pourquoi c'est lui-même qui a un point d'interrogation au dessus de la tête, pour prendre les devants. Toujours parler avant l'autre. Ça lui donne un air outré qui lui va bien. Qui donnerait à chacun l'envie d'exploser sa petite face désabusée contre un mur, mais on ne change pas après tout. « Sache qu'avant, j'me bourrais la gueule au champagne. Chaque soir. Et c'pas ton pub de pecnots qui va m'faire peur, rentre bien ça toi dans l'crâne. Heu, ça toi bien. Enfin bref. » Sourcils froncés. Puis gueule lisse. Enfantine. Levé de rideau, et grand sourire à l'appui. C'est un air charmeur qu'il prend, maintenant. Et ça rend le monde encore plus irascible. « J'te retourne le compliment ! » Comme si c'en était un. Bien sûr que c'en esr un. Magnifique même, parce qu'à Birmingham, quand on s'appelle Christopher Doherty, on prend ce qui vient.

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≈ GANG : il est pas pour, il est pas contre, disons qu'il profite plutôt de leur système - très bien même, surtout du côté des Muffled.



MessageSujet: Re: sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas   Mar 26 Mai - 21:07


Christopher et Samuel


A la recherche des ivresses d'autrefois, des frissons ternis par le présent actuel qui ne lui plaît plus. Pour peu, les injures qui sont à son égard - en l'occurrence celles qui traitent la tête blonde de gamin - ne sont pas totalement anodines. Pas bêtes. Pas idiotes. Parce que c'est ce qu'il voit, encore à peu près maître de ses émotions ainsi que de ses gestes, il se rend compte à quel point le plus pitoyable des deux n'est pas celui qui crève les yeux si facilement. Oh certes, Sam est celui qui boit beaucoup trop, qui passe son temps dans les pubs à chanter parfois, même à faire quelques pas de danse lorsque le coeur lui dit. Pourtant, pires sont ceux qui se cachent derrière une carapace en métal forgé, parce que quand celle-ci tombe ; y'a rien de bien glorieux à voir dedans. Du pourri, de la moisissure mélangée à des aigreurs cadavériques. Dans ses yeux, y'a ce pétillement morne et maladif, au moins y'a déjà ça, ça change de la brume qu'il croise lorsqu'il toque à sa porte ou bien quand ils se rentrent dedans dans les escaliers. Christopher, il est juste pas doué, il est juste profondément dégoûté alors que de son avant Birmingham, l'ouvrier lui, il en connaît rien. Il sait pas qui il était, ce qu'il faisait pour passer ses heures, si même il était plus agréable que ça, qu'il était positif ou pire. Il peut pas juger, pourtant il le fait ; c'est dans la nature humaine. Il veut l'améliorer, lui démontrer qu'elle est pas si miteuse cette ville, que si y'a pas les grands cabarets des capitales, il y reste encore un minimum d'humanité - qui est possible à discerner chez certains gangsters, même si le terme principes ne rime clairement pas avec. C'est dur de toute façon de se dire que tout est bouclé, terminé, qu'il faut pas qu'enlever une page, il faut l'arracher puis la brûler, en soufflant bien sûr par la suite sur les cendres. Juste une nouvelle histoire, une nouvelle qui fera pas palpiter le monde entier mais qui saura se montrer diablement réaliste. Le voir rayonner comme ça, ça lui donne des palpitations maladroites qui s'écrasent entre ses artères craquelées par les années à se fatiguer à l'usine. C'est que ça commence à gonfler sans s'arrêter, ça menace presque d'éclater, peu importe s'il se conduit comme la dernière des traînées à se plaindre, à râler alors qu'il ne cherche aucune solution ; il a jamais demandé à ce qu'il change, Samuel. Il doit pas aimer ça au fond, qu'un être qu'il a toujours apprécié de cette manière se retrouve soudainement dans une autre enveloppe charnelle. Manquerait plus qu'il se la joue bourgeoise au bâton bien coincé dans la caisse arrière. Il serait pas ce qu'il est sans ses injures, sans son humeur calée six pieds sous terre avec d'autres cadavres qui jouent aux osselets. Il s'y fait, on se fait à tout ; sauf à la douleur, et si parfois ça lui fait grincer des dents, il encaisse sans se croire capable du meilleur. Il a aucun droit, Hancock, encore moins celui de dire à un autre ce qu'il doit faire pour mieux réussir dans le futur. Déjà que le sien est barricadé. Déjà que le sien est bousillé.

Il raconte beaucoup de baratins, visiblement même le vin dégoûtant ça arrive à vous rendre un homme presque joyeux. Dans son cas, ça lui permet de déverser toute sa déception sur celui qui veut bien l'écouter, même si c'est que d'une oreille et qu'il reste dans une optique presque amusée. Jusqu'à ce qu'il lui demande comment il s'appelle, là, ça pique. Il devrait lui en décocher une dans le nez rien que pour ne pas faire gaffe à ceux qui veulent que du bien pour son esprit taché par ses erreurs. N'empêche que la colère elle dégage aussi sec, parce que c'est vrai. C'est quoi un nom ? C'est un truc qu'on apprend à la naissance, c'est un choix de parents de ridiculiser ou non son bambin, de lui faire honneur en lui refilant celui du grand-père ou de l'arrière grand-mère. C'est quoi un prénom ? C'est que ça veut pas tout dire, ça peut sonner ridicule et pourtant laisser place à un personnage tout à fait intelligent, ça peut débarquer de la campagne profonde et démontrer qu'il y a aussi des Lords coincés dans les champs de blés dorés. Il est qui Samuel, déjà ? Il est qu'un grain de sable, un pauvre grain qui roule, roule, roule parmi les dunes et se balade jusqu'à trouver la fin dans la flotte, dans une flaque, une oasis qui pourra lui apporter la paix. En attendant, c'est aride et il a soif. Sauf que Doherty il a pas l'air dans une optique de lui rendre sa bibine. Il enchérit son cas en ajoutant qu'il buvait du champagne, qu'il était la grande star quand il créchait à Londres. Allons bon, il va bientôt découvrir qu'il était un féru de claquettes et que c'est en se foulant la cheville qu'il a mis fin à sa carrière. Soupirant, ses mains se renfoncent à nouveau dans les poches de son manteau. Quel con. Puis il se marre discrètement en prenant bien soin de ne pas fixer résolument le culbuto à la trogne d'angelot. Ils sont pas loin de chez eux, tant mieux, ça le fatigue déjà d'avoir à se le coltiner dans la rue - y pourrait se retrouver un couteau sous la gorge qu'il continuerait à secouer ses bras dans les airs. Ils sont devant l'immeuble dorénavant, tant mieux. Passant une main sur la porte qu'est jamais fermée à clef, il invite sa seigneurie à passer en premier, et pendant qu'il le fait, il rajoute pour enfin répondre à sa question. « Les bulles de champagne te r'montent à la tête ? C'est Samuel, p'tit con. » Sur un timbre plus que léger, l'injure n'est que là pour rajouter une proximité avec ce peintre qui lui échappe plus à chaque fois. Ils montent les marches progressivement, à une ou deux reprises il menace de se tauler la gueule royalement l'autre, pourtant il le rattrape. C'est ce qu'il fait depuis qu'il le connaît, il l'arrête dans ses déboires, dans ses délires louches qui mènent à rien si ce n'est l'épitaphe. C'est un mauvais chevalier, finalement, mais un chevalier quand même. Une fois arrivés devant le nid du plus jeune, il s'adosse au mur fissuré pour reprendre un peu de cette respiration saccadée, chaude qui ravive ses nerfs. « Désolé hein, mais tu vois j'cours pas sur l'or. J'fais avec c'que j'ai, alors pour tes soirées mondaines tu peux t'gratter jusqu'au fin fond d'ton oeil. On est à Birmingham, c'est elle qui t'change, pas l'inverse. » Triste fatalité qui lui revient avec la violence de la gifle qu'une bonne femme mariée pourrait lui claquer. Il grimace à peine, pianote ses doigts contre la surface froide et humide sur laquelle il s'est appuyé puis soupirant il reprend un sourire qui lui fait mal cette fois-ci, il est aussi vrai qu'une contrefaçon. « Maint'nant tu f'rais mieux d'aller t'coucher, tu vas avoir l'air bien glorieux d'main matin. Et j'espère pour toi qu't'as pas oublié tes clefs, ou qu'elles sont pas tombées tiens, manquerait plus qu'ça. » Quel cirque, quel beau duo de clowns tristes. Ils sont pitoyables, ils font même pas rires. C'est ça qui les rend beaux, c'est ça qui les rend immortels.

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et puis y'a Frida qu'est belle comme un soleil
« i know what most of you think of me, that i’m a thug, a smuggler, rebel. that i started all of this, asked for it, a drunk who never did anything with his life and has caused all this trouble for everybody. well, i’m here today to tell you… that you’re right. i am. i am all of those things, and more. »

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Les rois du royaume branlant

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≈ DES ARMES ? : un luger, plus pour son crâne que celui des autres
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MessageSujet: Re: sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas   Sam 30 Mai - 17:48

 


"Ainsi croisons-nous les fantômes qui nous hanteront notre vie durant : tranquillement assis au bord de la route comme de pauvres mendiants, nous ne les observons que du coin de l’œil, et encore, quand nous les apercevons ! L'idée qu'ils étaient là à nous attendre nous traverse rarement l'esprit. Ils nous attendent cependant et à peine sommes-nous passés qu'ils rassemblent leur baluchon de souvenance et nous emboîtent le pas, grignotant peu à peu leur retard."
S'il avait su, Chris. S'il avait su plus tôt ce qu'il se passerait ici, à Birmingham, cette petite lueur dans la nuit, ce goût si doux sur sa langue asséchée, il aurait arrêté de faire la gueule plus rapidement, juste pour cette récompense-là. Le temps arrêté net, le calme après la tempête, les souvenirs qui ne hurlent plus. Tout cet émerveillement orchestré par Samuel, un prénom qui est à présent assimilé à quelque chose de différent de tous les autres ici - de tous ces patronymes qu'il ne connait pas et dont il se fout comme de sa première cuite.  « Samuel. » Quelle idée d'appeler son gosse Samuel. Quelle idée de l'appeler Christopher. Quelle idée de l'appeler tout court d'ailleurs, et même d'en avoir - parce que c'est égoïste, d'avoir des enfants, ces petits choses dépendantes et incapables de la moindre réflexion. Chris en est un. Un bambin stupide dont les besoins sont assouvis par ceux qui le veulent bien, des satellites tournant autour de lui et lui seul - et qui ont depuis bien longtemps dérivés. Ils doivent l'avoir oublié. C'est ce qu'il se dit tous les jours, et ainsi il peut les oublier, alors qu'à seize ans leurs noms étaient tailladés au couteau sur sa peau pâle. Ils se doivent d'être morts pour lui, plus encore que Chris doit être mort pour eux. Après tout, c'est douloureux à imaginer. Et puis la solitude est une maladie honteuse, l'oublie de soi-même un peu plus encore. Pourtant ça y est, il commence à comprendre. Samuel n'est pas un nom à oublier, comme un quelque chose présenté à l'école sans qu'il ait besoin d'être appris par cœur. Non, bien au contraire. Cette silhouette qui se mouve dans la nuit et prend des ruelles que Chris connait sans pour autant savoir où il va, ce fantôme qui lui ne fait pas peur, il ne l'oubliera pas. Et peut-être que c'est plutôt lui, le gosse, qui est en train de devenir son satellite, car c'est bien lui qui le regarde chaque seconde pour ne surtout pas se perdre. S'il n'a jamais été dépendant à une drogue synthétique rendant cadavérique, il a toujours été dépendant des autres. Parce qu'il ignore encore comme vivre autrement qu'à travers leurs regards. Alors il court, un peu, quand il voit son compagnon de route un peu trop loin dans la nuit, il court pour le rattraper, ou l'attend pour ne pas le perdre du regard. C'en est presque maladif, comme s'il développait une paranoïa alcoolisée - alors qu'il l'a développé sobre, et depuis assez longtemps pour qu'il l'ait oublié. Tant pis, ce soir il a l'autorisation spéciale de délirer, avec sa bouteille de vin à la place du cœur, et le vrai - qui bat, un peu, au bord des lèvres. S'il sait pertinemment que la redescente va être hasardeuse, désastreuse, il continue sur sa lancée, et c'est en se moquant un peu trop fort du vent qu'il arrive quelque part. Non, chez lui.

C'est ce bon Sam-aritain qui l'a posé là, en lui faisant la morale pour une fois. Ça doit être plus difficile de ramener de la viande saoule qui n'est pas la sienne plutôt que de se débrouiller seul après une tournée des pubs du quartier. Chris s'en fout. Il s'en fout de ce qu'il peut bien lui raconter à propos de ses soirées mondaines. Il s'en fout d'être un fardeau pour lui, même. Après tout, c'est son voisin qui l'a emmené boire, pas le contraire. Et puis c'est un art dans lequel il excelle que de se décharger de ses responsabilités. Il ne connait pas ce mot, il n'a jamais fait parti de son vocabulaire. A la place, une mine boudeuse et un petit sourire qui ne le quitte pas ce soir - comme il aimerait que ce soit le cas pour Sam. « Je vois çaaa ! Mais c'pas grave tu sais, je t'en veux pas. » Manquerait plus que cela. Chris se met à rire, parce que c'est vrai que ça n'a pas vraiment de sens, ce qu'il peut bien dire. Enfin, c'est une habitude à prendre, et puis on se fait à tout, même à lui... Il l'espère en tout cas. De tout son cœur. Un cœur qui se brise lamentablement sur le sol quand il l'entend parler d'aller se coucher. Ça fait un bruit épouvantable, un cœur qui se casse. C'est triste aussi, et un instant Chris a des larmes dans ce regard qu'il vrille sur le pallier, là où on peut voir les morceaux de sa bouteille presque vide. Il y a tout de même du sang tout autour, et une forte odeur de mort. Une mort par alcoolisation. « Nan c'pas juste ! Non ! » Dépité, il lorgne le cadavre, les mains jointes, il en ferait presque un signe de croix. Quand il remonte ses yeux dans ceux de Sam, il prend ses airs d'enfant, parce qu'il ne sait faire que ça. « En plus j'ai pas mes clés. » C'est lui tout craché. Ça l'a toujours été, avec tout le monde en ces bas-fonds. En fait, la seule personne qui n'a jamais goûté à ses moues boudeuses est son père. Il n'avait que les regards absents, lui. Un véritable miroir qui s'est un soir en allé pour ne plus jamais revenir. Il ne l'a jamais recroisé. Peut-être est-il mort, à l'heure qu'il est. L'un comme l'autre. « ... C'pas vrai, j'plaisante Sam ! » C'est la silhouette qui l'a fait changer d'avis, et il a préféré dire la vérité. Il ne veut pas l'énerver, Sam. Pas maintenant. Ce serait trop trop triste. Et trop compliqué à encaisser pour lui qui a l'impression que toute sa vieille carcasse a mal à la tête. Qu'est-ce que c'est fatiguant, d'être ivre. C'est magnifique, certes. Mais fatiguant. Pour celui qui n'a pas bu comme pour celui qui a trop bu, et qui n'éprouve que l'envie de revenir en arrière, tout en restant entièrement dans l'instant présent. Avec quelqu'un. « Putain... » Ça recommence. La même rengaine, le même schéma. Il devrait se tuer rien que pour ça. Pourtant Chris ne fait que s'adosser au mur d'en face pour ne pas tomber, et regarder le sol pour voir où il atterrira si c'est le cas - des planches imbibées de rouge. Rouge, partout. Tout le temps. Ça lui vrille la tête, et ça le prend à la gorge. Il ne met qu'une seconde à se débarrasser de tout l'alcool en trop. La seconde d'après, il tente de se décaler pour ne pas patauger dans sa propre bile. « Putain... » Fallait bien que ça arrive. Fallait bien que tout ça arrive.

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sam ☾ aucun danger, les narcisses ne se suicident pas

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